Artichaud devant !

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Déjà un cycle de saisons pour notre association et pour ce cinquième opus, la transition est toute trouvée entre deux arbres. Celui qui ne cachait pas tout à fait la Forêt d’Art Contemporain (que nous avons accueillie ce printemps avec l’exposition «Bains de Forêt») et celui qui pousse en ville comme emblème d’un projet métropolitain qui met tout le monde d’accord.
Face aux enjeux climatiques et environnementaux, Bordeaux Métropole a en effet lancé une opération de végétalisation de grande envergure, avec pour objectif la plantation d’un million d’arbres sur son territoire au cours de la décennie à venir.
Ce défi, notre structure ne pouvait que le relever !
L’Artichaut est en effet porté par l’agence d’urbanisme et de paysage LS2 Landscapes (installée à l’étage de notre adresse, place Pierre Cétois à Bacalan) et depuis notre installation, nous militons et travaillons à la revitalisation et à la végétalisation de cette place qui nous donne chaque jour cette envie de nous bouger ! Nous oeuvrons aussi sur de beaux projets de paysage dans la métropole, de ceux qui donnent du sens à la fabrication de la ville durable, et à ses enjeux de développement. Nous avons donc répondu à l’Accord cadre de Maitrise d’œuvre de plantations d’arbres sur le territoire métropolitain (projet “plantons 1 million d’arbres”) et nous serions heureux de vous en parler.
Naturellement, c’est donc sur la thématique de l’urbanité et de la ville fertile que nous adossons la saison culturelle estivale de l’Artichaut. Au fil du calendrier des mois à venir, nous engageons et nourrissons la réflexion avec des artistes, des activistes et des sympathisants de la cause de la nature en ville et vous invitons à participer au débat et à passer à l’action.
Au boulot !
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Urbanisme

Oxymore & more

Longtemps rivales (l’expansion de l’une se faisant fatalement aux dépens de l’autre), villes et campagnes sont en passe de se réconcilier. Les projets de ville fertile, d’agriculture urbaine, de ville sauvage ou de microforêt… ne sont plus des lubies pour bobo et ont largement dépassé le stade de l’oxymore (figure de style qui consiste à allier deux mots de sens contraires) mais de véritables intentions de projets de territoires. L’échelle est parfois à questionner, mais c’est un début.

Il faut dire que cette opposition partait d’un malentendu. Dans l’imaginaire collectif, urbanisation = bétonisation. Certes, “urbs” en latin, c’est la ville, et au XIXe siècle, sous l’impact de l’industrialisation et des transports, urbaniser c’était avant tout structurer ce développement inéluctable de l’activité productive.
Or l’adjectif “urbain” n’est pas seulement synonyme de “citadin” ou antonyme de “rural” ; il renvoie à l’urbanité qui est la politesse qui résulte de l’usage du monde ; courtoisie, civilité, savoir-vivre. Ce que Jean Giraudoux appelle “le respect d’autrui et de soi-même ». Il parle de “la dignité du décor urbain, de la courtoisie des belles places, de l’aménité des routes et du bon ton des monuments”.
Un ensemble de conduites qui rendent agréable et désirable la rencontre avec les autres, les codes d’une intégration sociale et culturelle. D’où l’expression “vous êtes bien urbain » pour saluer l’affabilité.
L’acte d’urbaniser va bien au-delà du projet de construire pour accueillir toujours plus d’habitants. Et c’est le rôle de l’urbaniste de concevoir un cadre de vie agréable et fonctionnel. De rendre la ville affable, c’est-à-dire accueillante, hospitalière.
La présence de la nature en ville s’est aujourd’hui imposée comme un marqueur-clé de cette appréciation. Pour preuve, l’attractivité d’un bien (sa valeur foncière) est corrélée à la présence d’un jardin privé ou d’un parc public. Partout dans le monde, le nombre de mètres carrés d’espace verts par habitant est un indicateur de qualité de vie apprécié des élus.
Bien sûr, la réalité est plus complexe, mais c’est un bon début…

En savoir +

Ville fertile : faut pas pousser !

À la place de Quelques chiffres Ville fertile : faut pas pousser !
Plutôt que de parler de nature en ville (artefact et débat sans fin), parlons de ville fertile, celle des espaces non construits occupés par les espaces verts, boisés et cultivés et par la vie végétale et animale qui leur est associée (par opposition à la stérilité induite par l’artificialisation des sols).
Des ceintures maraîchères à la végétalisation des murs, toits et rues, de la création de parcs publics aux jardins ouvriers ou partagés, de l’aménagement des friches aux microforêts, les effets attendus au-delà de l’intérêt ornemental (l’art très français du jardin), sont :

  • Atténuer les îlots de chaleur et la pollution de l’air (microclimatisation)
  • Lutter contre l’érosion et la pollution des sols
  • Participer au cycle de l’eau
  • Réduire les émissions de CO2
  • Favoriser la biodiversification végétale et animale

Mais désormais, des considérations sociales (réactiver le lien, relancer la promenade, réinventer une urbanité, créer des compétences et des emplois, …), alimentaires, et économiques font de l’arbre un citoyen-clé, partie prenante du fonctionnement de la ville (à même de bouleverser le cours-même d’une élection…).
Planter un arbre, ce n’est plus un choix esthétique mais un investissement et la thématique de la ville fertile est un levier de transformation de la cité.

Commencer ensemble ici et maintenant

Les voies de la résilience ont été recensées par le collectif Les Greniers d’Abondance qui, épaulé par de nombreux partenaires scientifiques, experts et acteurs de terrains publics, à la veille des éléctions municipales 2020, un guide qui invite les élus locaux, communaux et intercommunaux, à se saisir de cet enjeu, des propositions d’actions concrètes à mettre en oeuvre à leur échelle.

Sur notre territoire, les chiffres sont éloquents : la métropole a une autonomie de 1,8% (alors que 98% des denrées que nous produisons sont exportées), notre alimentation y est produite par 1,8% de la population active dont 20% ne se verse pas de salaire. Sur 100€ dépensés en grande surface, 6,5€ reviennent à l’agriculteur. Oui, moins de 10% ! Au même moment, en Nouvelle-Aquitaine, le nombre de consommateurs de produits bio a progressé de 12%…

La nouvelle municipalité a donc créé un nouveau portefeuille d’élu dédié à la résilience alimentaire. L’objectif est de relocaliser. Certes, l’autosuffisance est utopique, mais les appels à projets se multiplient pour soutenir la production agricole en ville et privilégier les circuits courts, avec par exemple, l’attribution récente de 4 hectares de terres maraichères au Haillan pour fournir les cantines de la ville.

À son échelle, L’Artichaut entre dans le débat et fédère les bonnes volontés autour d’évènements gratuits et ouverts à tous : expositions, podcasts, ateliers émailleront ces mois d’été avec un temps fort autour de l’exposition Urbains ordinaires de Frédéric Desmesure, photographe.

Inspirés – inspirants

Akseli Gallen-Kallela
Face à l’industrialisation galopante de la fin du XIXe, les artistes adoptent unanimement une posture de rejet. Le finlandais Akseli Gallen-Kallela n’échappe pas à cette règle avec une envie forte de retour à la nature et la recherche du primitif. La Finlande a elle-même un rapport particulier à la nature et à ses esprits (mythologie Kalevala).
Pour lui, la nature ne doit pas être au service de l’homme qui n’en est qu’un élément.
Le musée parisien Jacquemart-André lui consacre une rétrospective jusqu’au 25 juillet 2022

Patrick Bouchain
Étudiant aux Beaux-Arts et très versé dans le champ des arts-vivants, Patrick Bouchain considère « que l’architecture est politique et qu’elle doit répondre au souci de l’interêt général» . IL développe l’idée d’une architecture HQH (haute qualité humaine). Il fait référence sur les réaménagement de lieux industriels en “pépinières culturelles” : « Aujourd’hui, ce qui m’intéresse, c’est de comprendre le besoin. Je crois à l’explication, à la vision collective des problèmes et à la décision individuelle. C’est exactement comme un travail de metteur en scène»

Il appelle à défendre l’architecture de nos cités contre l’emprise du ban (des espaces “à ban donnés”) et à reconsidérer les lieux inoccupés (franges hybrides, terrains vagues, espaces rudéraux, fragments de nature, impensés de la ville) et accessibles sans distinction, qui laissent du jeu au passage et à la rencontre. Il propose une reappropriation collective.

  • Le Magasin à Grenoble en centre d’art contemporain
  • La Ferme du Buisson,
  • Le Lieu Unique
  • La Condition publique, à Roubaix
  • Théâtre Zingaro à Aubervilliers …

Sa démarche a fait l’objet d’une exposition à @arc en rêve – Bordeaux en 2005.

C’est une de ses disciples, l’architecte Nicole Condorcet qui est en charge de la réhabilitation du @garage moderne. Militante elle aussi d’une méthode collaborative avec les habitants, ouvriers, architectes, permettant de définir une action collective, elle pose en priorité la dimension humaine et la maîtrise d’usages.